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10 clés pour une prise de conscience


La dernière étude Médiamétrie effectuée pour le CSA évalue à 940 le nombre de films X ou violents diffusés en moyenne chaque mois, toutes chaînes confondues. De tous les supports de communication, la télévision est le plus puissant, non seulement parce qu'elle est présente dans la presque totalité des foyers (parfois dans plusieurs pièces), mais aussi parce qu'elle "banalise et légitime les comportements" (Martine Delahaye, Le Monde TV 21/09/02).


Article 227-24 du Code Pénal : "Le fait soit de fabriquer, de transporter, de diffuser par quelque moyen que ce soit ou quel qu'en soit le support un message à caractère violent ou pornographique ou de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine, soit de faire commerce d'un tel message, est puni de trois ans d'emprisonnement et de
500 000 F d'amende lorsque ce message est susceptible d'être vu ou perçu par un mineur".
Cette disposition est peu ou pas appliquée, faute de volonté politique, et sous prétexte qu'elle ne définit pas clairement la pornographie.
La directive européenne Télévision sans frontières est partiellement reprise dans la loi française relative à la liberté de la communication (30/09/1986 modifiée 01/08/2000). Mais, d'une part, la France a omis de reprendre la mention "notamment des scènes de pornographie et de violence gratuite" présente dans la directive européenne ; d'autre part, les procédés techniques de filtrage mis en place ne répondent pas aux exigences de cette directive : elles n'empêchent pas des centaines de milliers d'enfants d'être confrontés chaque année aux images pornographiques télévisées (voir "Double-cryptage").


"Des assistantes sociales ont témoigné" de ce que la vue de ce genre de programme par des jeunes enfants "pouvait induire des perturbations psychiques et des dérèglements de comportements analogues à ceux d'un abus sexuel. Les destructions
psychiques de cette nature devraient pouvoir être reconnues comme une forme de maltraitance : la maltraitance audiovisuelle." (Rapport du CIEM demandé par Ségolène Royal et remis à l'actuel gouvernement, mai 2002).


"Les adolescents ont tendance à utiliser ces programmes comme des manuels de sexualité. Or ces programmes présentent une sexualité interchangeable, dissociée de tout sentiment, de toute affectivité ( ... ) . La diffusion de ce "modèle" auprès des jeunes pose un problème de démocratie.
La négation systématique de l'égalité entre les hommes et les femmes dans la répartition des rôles sexuels, le mépris de la personne humaine va à l'encontre du principe républicain d'égalité".
"L'évolution récente des contenus depuis les années 1990 va vers la dégradation des rôles, la mise en scène de comportements sexuels en groupe, la banalisation des actes sexuels du "hardcore" (sado-masochisme, zoophilie…), le recours à la violence réelle (scènes de viol…)".
Les troubles révélés chez les jeunes sont de nature diverse : "désensibilisation, représentation du monde comme fondamentalement violent, montée du sentiment d'insécurité et de victimisation, désinhibition, agressivité. Sur les sujets fragiles,
les effets sont aggravés : perte de l'estime de soi, isolement social, voire facilitation du passage à l'acte par imitation." (Rapport du CIEM demandé par Ségolène Royal et remis à l'actuel gouvernement, mai 2002)


Le CIEM rend compte des effets des images pornographiques constatés par les assistantes sociales, psychiatres et éducateurs interrogés : "voyeurisme", "mépris des femmes", "accroissement des violences entre garçons et filles" et "dégradation de leurs relations".
Antoinette Fouque, fondatrice du MLF, déclare à propos d'un ancien Premier ministre : "… quand (il) dit sur Canal+ que "la pornographie, ça ne fait de mal à personne", il se trompe. La pornographie bafoue la dignité de 52 % des humains. (…) (Le Figaro, 5/11/02)


Notre société de liberté sait réprouver par la loi le racisme, le révisionnisme, l'insulte, la diffamation, l'exhibitionnisme, etc… L'hebdomadaire Marianne du 14 octobre 2002, sous le titre "Censure : le mot ne fait plus peur aux Français", révèle que 52 % des Français se disent favorables à l'interdiction des films pornographiques sur les chaînes cryptées
et non-cryptées. Et si la liberté d'expression des uns s'arrêtait là où commence celle des autres, de se protéger et de protéger les personnes les plus fragiles contre la réception de messages intolérables, violents, attentatoires à la dignité humaine, et qui provoquent des traumatismes psychologiques chez ceux qui les reçoivent ?


A l'image de certains codes publicitaires reliant l'univers du "porno-chic" et celui de "l'addiction" (ex. visuel "Dior addict"), on constate de plus en plus l'émergence pour certains hommes d'une dépendance à la pornographie assimilable à une forme de toxicomanie.
Par ailleurs, des actrices pornographiques ont révélé le lien entre les maltraitances sexuelles subies dans leur enfance et leur "vocation" de "hardeuse". Comme si la pornographie était un exutoire à des souffrances non traitées.


Le cryptage n'a pas empêché 11% des enfants dont les parents sont abonnés à Canal+ d'avoir eu accès à des séquences pornographiques (source : sondage Médiamétrie pour le CSA). Une enquête réalisée directement auprès d'enfants de CM2 (11 ans) estime même qu'à cet âge, un enfant sur deux a vu de telles images (source : Santé magazine - octobre 2002). Le double-cryptage obligerait l'adulte qui souhaite voir un programme
violent ou pornographique à entrer un code confidentiel pour que les mineurs ne puissent plus accéder à ces films par inadvertance et hors de son contrôle. C'est la solution préconisée par la chaîne Canal+, l'un des vecteurs de diffusion de pornographie, qui entend maintenir ses profits. Mais elle suppose la généralisation de la réception numérique des programmes. Si l'idée du double-cryptage marque un progrès symbolique, son efficacité comme sa mise en œuvre rapides semblent donc pour le moment utopiques. Et elle ne permettrait pas de protéger les enfants des familles irresponsables.


On estime à 200 millions d'euros le chiffre d'affaires annuel de l'industrie pornographique en France. Elle procurerait à Canal+ 20% de ses abonnés. Le ministre du Budget, Alain Lambert s'est engagé à faire appliquer aux films X le système de taxation normal auquel ils échappent visiblement.


Une première proposition déposée par Christine Boutin, député UMP (Yvelines), en juillet 2002, demande l'interdiction de la pornographie télévisée. Elle est aujourd'hui cosignée par 101 députés. Une nouvelle proposition de loi a été déposée le 23 octobre par trois députés UMP, Yves Bur (Bas-Rhin), Jérôme Rivière (Alpes-Maritimes) et Marie-Jo Zimmermann (Moselle). Elle vise à imposer le système du double-cryptage.